samedi 30 novembre 2019

Sous l'Arbre de l'Eveil: récit

 JODO-E: le 8 décembre:
commémoration de l'Illumination du Bouddha.


Retrouvez le récit de l'Eveil du Bouddha : textes classiques, questionnement et commentaires, illustrations par la Sangha de Joshin Sensei :



Mot de passe : Daishin




Dans les temples Zen, la journée du 8 décembre vient clore une semaine de pratique de l’assise ( zazen) intensive, rappelant la pratique
de Shakyamouni Bouddha sous l'arbre de l’Éveil.

"Ayant terminé son repas,- un bol de lait de buffle offert par la jeune gardienne du troupeau-  le renonçant Gotama pénétra dans une forêt de shorea robusta (espèce de saule) située près de la rivière, dans laquelle il pratiqua  tout l’après-midi. 
En cette fin de mercredi de pleine lune d’avril de l’an 103 de la Grande ère, le futur Bouddha alla s’installer sous un banian : l’arbre de la bodhi
Avant d’y arriver, il croisa Sotthiya, un coupeur d’herbe. 
Empli d’une profonde admiration, Sotthiya voulut lui offrir quelque chose. Comme il n’avait rien d’autre que l’herbe qu’il transportait sur son épaule, il lui en offrit huit gerbes. Parvenu devant l’arbre de la boddhi, le noble renonçant y étala les huit gerbes d’herbes sur le côté est de l’arbre.


 À ce moment précis, un grand trône, nommé Aparājita (le trône de la victoire), d’environ 7 mètres, se dressa de dessous terre, à 4 coudées de l’arbre, juste à l’endroit où l’ascète Gotama posait les gerbes.
Le futur Bouddha s’assit, jambes repliées, sur le trône dressé spécialement pour lui.


Il prit alors une décision irréversible :

« Quoi qu’il advienne de ce corps, que la chair et le sang sèchent de sorte à ne laisser que les os, la peau et les tendons ; puissé-je ne pas me lever de cet endroit tant que je ne serai pas parvenu au stade de bouddha. » "
d'après http://www.dhammadana.org/bouddha/eveil.htm

"Juste avant d'actualiser l’Éveil, le jeune Siddharta assis sous l'Arbre de la Bodhi, subit la menace des armées de Mara, le prince des démons. Personnification de l'ignorance, du désir, de l'attachement, et des passions qui divisent, Mara, sentant son pouvoir tomber, lance ses armées à l'assaut de Siddharta...





Il cherche à le déstabiliser en suscitant en lui la crainte de la mort. Simultanément, des cohortes de femmes splendides, incarnant l'avidité insatiable, la luxure et l'insatisfaction, essaient de le séduire dans l'espoir de stimuler un désir enfoui qui ne demanderait qu'à se réveiller. 

Sentant sa victoire toute proche, Siddharta touche le sol de sa main droite, prenant ainsi la terre à témoin des mérites accomplis au cours de ses multiples existences. En signe d'approbation, elle se met à trembler. 
"Lorsque est apparue l'étoile du matin, j'ai réalisé la Voie avec la vaste terre et tous les êtres vivants..." Bouddha Shakyamuni

















"Lors de son Eveil, le Bouddha perçut la présence de plusieurs êtres dans son propre corps: des vies organiques et inorganiques, des minéraux, des mousses, des herbes, des insectes, des animaux et aussi des humains. Il vit qu'au même instant d'autres êtres le contenaient également et eut la vision de ses propres vies passées, de toutes ses naissances et de toutes ses morts.
  Il assista à la création et à la destruction de milliers de mondes et d'autant d'étoiles. Il ressentit les joies et les peines de chaque être vivant, nés d'une mère, d'un oeuf, de la fission... se divisant eux-mêmes à leur tour en de nouvelles créatures. 
Chaque cellule de son corps contenait le Ciel et la Terre, et voyageait à travers les trois temps: le passé, le présent et le futur. (...)

 
Il vit d'innombrables mondes naitre et s'évanouir, de multiples êtres connaître des milliards de naissances et de morts.  
Il réalisa que ces évènements n'étaient que des apparences extérieures et irréelles, semblables aux millions de vagues se formant et disparaissant à la surface de la mer éternelle. Si les vagues comprenaient qu'elles ne sont que de l'eau, elles dépasseraient les notions de naissance et de mort et connaîtraient la véritable paix intérieure, se débarrassant ainsi de toute peur. 
 Cette révélation permit à Gautama de transcender le cycle de la naissance et de la mort, et il sourit. 
Son sourire était pareil à une fleur s'épanouissant dans cette nuit profonde qui s'illumina d'un halo de lumière. 
C'était le sourire de la compréhension sublime, l'intuition de la purification de toutes les souillures, la félicité de l'unité avec le Tout..."
D'après http://naturalezadorada.skyrock.com/2505952389-L-Eveil-du-Bienheureux.html 



    
 8 Décembre: un sourire, les mains en gassho...
une assise, au pied de l'Arbre de l'Eveil....
la joie de marcher ensemble dans cette Voie

                   le coeur plein de reconnaissance... 

Photos: Yvon/Anne - Soto Shu- naturalezadorada.skyrock.com- 
220px-Bouddha_Bhûmisparsha-Mudra - dhammadana.org- Boston Globe (2)-
naturalezadorada.skyrock.com- Yvon/Anne.

mardi 19 novembre 2019

Je suis un arbre


Je suis un arbre les

désirs sont mes feuilles

étalées à tout vent

tombant, poussant

tombant

et repoussant


feuilles vertes bourgeons feuilles fanées

au gré

des jours

changent de couleur

se recroquevillent

et flétrissent

ou poussent encore et encore et mangent tout le soleil



je suis un arbre

accrochée

par mes

racines - 

je creuse la pierre,

vacille dans le vent -


entre deux précipices

suspendue

au-dessus d'un

torrent bouillonnant



je suis un arbre

sous l'écorce de mes

cicatrices

rides concentriques d'années

d'hivers

de froid

de pluie



je suis un arbre

la lumière

m'effleure

disparaît

me fait grandir

se cache – mes

branches tirées

vers elle -



je suis lumière










Illustration: Lulena


mardi 12 novembre 2019

Comprendre intimement, corps et esprit


L’apparence des montagnes est complètement différente quand nous sommes dans le monde regardant les montagnes à distance et quand nous sommes dans les montagnes rencontrant les montagnes.

La nature de la montagne est complètement différente quand nous nous sommes séparés d’elle en tant qu’observateurs, et quand nous sommes la montagne avec notre corps et esprit en entier. 

Quand nous sommes intimes avec quelque chose, cette chose n’existe plus et nous non plus. Il n’y a aucune façon d’en parler, de la juger, l’analyser ou la classer par catégorie. Cela remplit l’univers entier.


Maître Dôgen dit : « Ecouter les sons avec son corps et esprit entier, voir les formes avec son corps et esprit entier, on les comprend intimement. » 

Comprendre intimement ne veut pas dire obtenir une information. L’intimité est la demeure des grands sages. 


C’est la réalisation, un saut d’un quantum de conscience dans laquelle notre façon de se percevoir soi-même et l’univers change radicalement et une nouvelle façon impérative commence à guider nos actions.
Dans le Zen, nous disons que l’éveil sans la morale n’est pas encore l’éveil, et que la morale sans l’éveil est n’est pas encore la morale. D’un côté, nous avons le danger de la sagesse qui manque de compassion. 
Comme Gary Snyder a dit une fois : « La sagesse sans compassion ne ressent pas la peine. » 

D’un autre côté, nous avons la compassion sans sagesse, qui devient essentiellement faire le bien. Bien sûr, faire le bien est précieux. Mais faire le bien est différent de réaliser la compassion. C’est seulement faire le bien. 

Quand nous faisons le bien, nous devrions examiner avec soin qui ou qu’est-ce qui est servi par nos actes. Faire le bien demande un sens de soi – il y a quelqu’un qui va aider quelqu’un d’autre. 




Dans la compassion, il n’y a pas de soi, pas d’autre, pas d’auteur de l’action ni rien qui ne soit fait. En définitive, la compassion dépend de la sagesse, et la sagesse dépend de la compassion. 
 


Quand nous soulevons l’un, nous soulevons les deux.

Le bodhisattva Manjushri et le bodhisattva Samantabhadra – qui représentent la sagesse et la compassion – sont toujours assis ensemble de chaque côté de la statue du Bouddha sur l’autel de la salle du Bouddha dans un monastère Zen. 
La sagesse est la compassion ; la compassion est la sagesse. 


Mais bien que nous disions qu’ils sont les deux faces de la même réalité, ils ne peuvent même pas commencer à fonctionner dans nos vies tant que nous ne reconnaissons pas que nous sommes responsables de toute la catastrophe.



J. Daidoo Lori Roshi commentaires sur
M° Dogen: Soutra des montagnes et rivières

mercredi 6 novembre 2019

Notre nom: Voyageur




Notre nom : Voyageur






J’ai lu un livre récemment, que j’avais d’abord choisi pour son titre : « Éloge des vagabondes » de G. Clément


Il parle de ces plantes qui viennent d’ici ou de là, qui s’installent, enrichissent nos paysages, prennent racine, et deviennent nôtres.




Et de nous, êtres humains, qu’en est-il ?


Notre nom à tous et à toutes est "Voyageur", dans cette vie de la naissance à la mort, ou, comme le disent les textes, dans une ronde incessante, la ronde du samsara,  " d'utérus en utérus"...


Voyageurs, nous avons prospéré, nous avons marché sur la terre, petits groupes errants, se rencontrant, se côtoyant, échangeant, apprenant des autres, emmenant les nouvelles techniques, les nouvelles pensées, les nouveaux faires...



Puis nous nous sommes installés, et nous les avons regardés d'un oeil méfiants, eux, les errants, les nomades, les sans-feux et sans-lois.



Nous croyons que nous sommes arrêtés aujourd'hui dans nos villes de pierre, et voilà, d'autres, hommes et femmes,  qui arrivent, effrayés, persécutés, poussés, par la guerre, par d'autres hommes, par le sec, par la misère, attirés par nos lumières, nos richesses, notre paix: 
 nos maisons douillettes, le calme du soir, le pain doré, les champs en fleurs, les rencontres simples et les sourires.




« On ne peut rien contre le vent... »


Le vent des bombes et le vent de la peur, le vent qui porte les cris et les pleurs, le vent qui les chasse alors même qu'ils voudraient rester chez eux, et juste vivre...



Voyageurs, avec un petit sac de misère, des enfants transis, la fatigue d'une vie, le désespoir des abandons, la peur de ces lieux inconnus, des ces langues ignorés, de ces barrières, de ces barbelés, de cette mer impitoyable, de ces uniformes, de ces armes - oui ici aussi, des armes, des cris, de la violence - 



Voyageurs, dans la boue et dans la pluie, au-delà des larmes et de la fatigue, partis animés d'une étincelle d'espoir qui s'est éteinte au fil des jours et des nuits, au fil des regards qui se détournent, du secours qui ne vient pas, des refus, des contrôles, de la nuit du coeur.


Nous avons oublié que nous aussi sommes des voyageurs, que nés ici, installés ici, nous avons aussi à laisser de la place, une place, à ceux qui arrivent, qui apportent de nouveaux regards, de nouveaux savoirs, de nouvelles paroles.



Et nous aussi, voyageurs, ne perdons pas la coutume : la main qui se tend, le verre d’eau qui désaltère, le toit qui protège, le sourire qui accueille...


Lulena 







Eloge des vagabondes: 

Renouée du japon, rhubarbe du Tibet , grande berce du Caucase, pavot de Californie. 

Portées par le vent, par les animaux ou sous la semelle de nos souliers, les plantes vagabondes ont conquis, avec témérité et vitalité, nos jardins, nos talus, nos friches.

Elle n'ont pas bonne presse, on les appelle mauvaises herbes...
 

Gilles Clément
  
Illustrations :
 danslamaisondefrancoise, auffargis, bulledemanou, jardinage.lemonde, vielajoie, naturosympathie, tanzamay

En flânant

        Avancer en flânant.   Pas de hâte   Pas de lenteur  Juste un petit peu sur le côté. Juste là Doucement Et pourtant L...