mardi 15 janvier 2019

Ombre dans la nuit

      Presque rien : une lumière coulée de lune qui caresse les cailloux de la cour et allonge les arbres - puis recule, s'efface, s'ombre dans la nuit...


       Que les mots sont lourds, que l' encre est noire pour les inscrire sur la page, figés, abandonnés ; que la main est maladroite pour décrire ce qui affleure, appeler ce qui n'est pas, ou si peu, ou déjà effacé .
 Ce cœur, ce cœur si banal, si vain, voilà que tout à coup, comme touché d'un souffle, pâle vapeur dans le ciel gris – comme caressé d'une aile, hésitante encore, papillon à peine éclos mais plein de promesses de midis, d'éblouissements et d'ivresses – à peine, à peine imperceptible, cette légère palpitation, à l'improviste – et qui fait basculer notre vie, qui déchire les apparences, et brise nos faux-semblants, notre sécurité grise, tout ce qui pèse comme pierres à la bouche d'une source.
     
    Pourtant, nous avions chanté, et ri, et prié, et cherché sur tant de chemins, et parfois été aveuglés par la grande lumière.

     Mais rien, rien d'aussi bouleversant que cet instant de pur silence, d'attentes suspendues – un si petit mouvement du cœur ! Moins qu'un écho dans la poitrine d'un oisillon, plus qu'un éclair qui ouvrirait le ciel.

   
 Le silence peut-il frémir d'un murmure ?

   Ce presque rien, vol, envol, perte totale, aube aveugle – vécu sans résistance.
Cet abandon, plus profond qu'une blessure, plus terrifiant que la nuit - joyeux, immédiat, entier -

Lulena




à la brève rose du ciel d'hiver
on offre ce feu de braises
qui tiendrait presque dans la main...
(cela ne veut rien dire, disent-ils, cela ne guérit rien,
ne sécherait même pas une larme...)
pourtant – voyant cela, pensant cela-
le temps d'à peine le saisir,
d'à peine être saisi
n'avons-nous pas , sans bouger,
fait un pas
au-delà des dernières larmes ?
 
Jacottet




mardi 8 janvier 2019

Sea Watch: 32, Sea Eyes: 18...

SEA WATCH  : 32   SEA EYES: 18....

2 bateaux d'une ONG allemande

50 personnes à bord de 2 bateaux qui ne peuvent aborder nulle part...

50 personnes: 50 migrants, 50 hommes, femmes et aussi enfants qui viennent chercher sécurité et travail...


Europe: au 1er janvier 2018, la population de l'Union européenne à 28 États membres comptait 512,6 millions d'habitants selon Eurostat

Cette nuit, j'ai fait un rêve. J'avais passé une de ces journées entre lumière et ombre, quand les nuages poussés par le vent qui nous arrive tout fringuant des hauts plateaux dessinent des paysages contrastés sur les grandes prairies et, les obscurcissant un moment, anticipent le sombre des grands sapins en hiver. Puis le ciel se dégage et l' on se reprend à croire que les belles journées cette fois-ci, pourraient durer indéfiniment...

Nous avons nettoyé le potager, ramassé des branches mortes et les derniers glaïeuls. Nous avons discuté et ri, je ne sais plus pourquoi, par simple amitié peut-être, pour le plaisir d'être ensemble dans la beauté du jour; puis ce fut une soirée de recueillement derrière les murs épais qui nous protègent des peurs de la nuit.

Dans mon rêve, je me retrouvai sur une plage: j'en fus ravie; au fin fond de mes montagnes, j'ai parfois la nostalgie du bruit des vagues, de ce murmure incessant que je crois parfois retrouver dans le chant des pins dansant dans le vent. 
Une  belle plage blonde, avec parfois un petit amas de rochers pointus avançant dans l'eau, pour nous rappeler qu'ici aussi la nature peut être belle et féroce à la fois.

Je contemplais avec un ravissement presque hypnotique le scintillement de la mer, ombre et lumière au rythme des flots, quand il me sembla discerner des formes sous la surface, formes sombres se balançant doucement, de plus en plus nombreuses alors que le bruit des vagues, devenu fracas menaçant, emplissait mes oreilles.

Je fis quelques pas, dépassant la limite d'algues et de coquillages des hautes eaux  et  plissai les yeux pour mieux voir sous l'éclat du grand soleil, qui maintenant me brûlait la nuque, desséchait ma gorge, semblait happer toute l'eau de mon corps pour n'y laisser que les tendons et les os. Et je les vis.

Yeux grands ouverts, mains tendues, ils étaient là; jeunes hommes aux larges épaules prêts à toutes les tâches; femmes à la fine silhouette, dont certaines ça et là parmi elles soutenaient leurs ventres, mains posées avec tendresse sur la vie à venir; des enfants aussi, des tout-petits, et des gamins qui auraient dû être en train de jouer dans une cour de récréation avec délice, avec ces rires qui toujours réveillent la joie dans notre coeur; et quelques vieillards aux traits marqués de trop de fatigue, de trop de chagrins.

Ils étaient tous là, visages clos, sans larmes ni colère; juste là devant moi, tous ceux qui ont disparu en mer, noyés, étouffés, assassinés; morts de soif, de misère  et de souffrances. Ceux qui se sont embarqués sur des rafiots qui prenaient l'eau et ont disparu sans trace à des centaines de kilomètres de cette plage; ceux qui sont presque arrivés, après des jours d'angoisse, mais ne connaissaient ni les courants, ni les rochers, et leurs corps ont disparu dans les profondeurs de l'océan; enfin ceux qui arrivent trop tard, dont les corps sont rejetés sur cette belle plage...

Ils sont tous là, devant moi.

Et voilà un enfant, avec cette soudaineté des rêves; les pieds dans les vagues, arrière-petit-fils, peut-être, venu d'un futur qui me restera inconnu, il regarde avec intensité ces corps qui flottent. 
Il me prend la main, me tire un peu dans l'eau, les vagues mouillent mes pieds nus, et se tourne vers moi. 
Il me regarde, de ce regard clair d'enfant qui ne tolère pas le mensonge et me demande: 

«Savais-tu? ».


Et je ne peux que baisser les yeux de honte.



heureusement il y a aussi 
"les Hebelgeuses":


https://m.youtube.com/watch?v=ThS23IGDncU&feature=youtu.be

jeudi 3 janvier 2019

Quand les âmes se font chant

Tant que parle la voix, notre regret

Sera ce qu'à temps nous n'aurons pas fait :

Ce que des vivants nous n'aurons pas vu,

Ce qu'aux mourants nous n'aurons pas dit.

Vallon désert à la source tarie,

Vieil olivier au double rejeton...

Chante un coucou. Qui l'entend? Qui lui répond?

Quand les âmes se font chant

C'est le titre d'un très beau livre de méditation qui réunit 50 poèmes de François Cheng et les œuvres d'art de Kim En Joong



samedi 29 décembre 2018

dimanche 23 décembre 2018

Noël: tous les Bouddhas!


Partager la joie de Noël, sa générosité, et l'espoir...

Avec tous les Bouddhas et tous les êtres...

dimanche 16 décembre 2018

Le temps, le temps, le temps...


 Le temps file

Trois cents millionième de seconde.
C'est le temps que dure une particule
- pensez comme un seul jour est sans fin!

Vous dites qu'un jour c'est trop court?
Espèce d'avare avide.

Ko Un 

 



Hâte toi de bien vivre
et songe que chaque jour
est à lui-même une vie

Sénèque

Pour passer le temps
 
Qui est long
Quand on est mort
 
Il faut apprendre
A compter les feuilles
Mortes
Et les cailloux
Là où l’on est enterré
 
Pour profiter du temps
Qui est si court
Quand on est vivant
 
Il faut apprendre
A compter comme l’eau :
Du nuage
A la pluie et de la pluie
Aux ruisseaux
 
Dans les deux cas
Vu de l’éternité
C’est pas la mer à boire
 Werner Lambersy

Conversation à l'intérieur d'un mur 2



Photos: Laurent G. Lulena

Ombre dans la nuit

      Presque rien : une lumière coulée de lune qui caresse les cailloux de la cour et allonge les arbres - puis recule, s'eff...