lundi 15 avril 2019

Notre - Dame: notre mémoire de lumière et d'or



Un matin de lumière et d'or


Un seul adjectif pour tant de nuances, de délicatesse, de lumière.. «  Doré », ce mince brouillard qui chatoie ce matin au-dessus de la Seine, nimbant Notre Dame et ses jardins pour un instant d'émerveillement, de joie et de mystère...

 


Dorée...mais pas tout à fait dorée,


discrète,

faite de brumes et d'air,

toute en reflets, en chatoiements,

en paillettes qu'on ne pourra saisir,

cette lumière de Paris en cette matinée de printemps

au -dessus de la Seine:






ce matin, dimanche, encore tôt, à l'heure sans voitures, sans bruits, je m'arrête sous la statue de Ste Geneviève tournée vers Notre-Dame:




vue d'ici, de dos, bordée de jardins, elle reprend sa taille imposante, entourée d'arbres, de ce mince brouillard qui se lève de la Seine -


doré - 


contours flous, silhouette élancée, reconnaissable entre mille, tours, gargouilles, dentelles -

dorées -

rosaces, prières, élan, joie....immobile et pourtant frémissante, elle flotte dans cette lumière -

dorée -

à côté d'elle, à la proue de pierre du square -

rouge- la vigne vierge se tend vers la Seine, s'étire, se baisse, frôle, et joue...



blanc – un cygne passe, hautain, indifférent, sorti de quelque carte postale...



et sur les berges -


dorées-


les feuilles attendent le premier rayon pour s'embraser, un peu de vert, un peu de jaune, mais surtout -


dorées-


petites flaques de lumière attachées aux branches, ou, sous mes pieds, tapis -


doré-


qui semble se refléter dans le ciel,


en particules, en mirages,

 

arcs-en-ciel tremblant dans la promesse du matin.






Sur la Seine: vaguelettes, ondes, étincelles -


dorées -


dans le sillage d'une péniche

dont le bruit – un court instant- fait frémir les corneilles qui sommeillent encore en haut des tours de Notre Dame.



Et la brume -


dorée-


se fond au ciel bleu,

qui l'absorbe, l'inhale, la transforme

en petits nuages tout ronds,

en bancs de vapeur,

en carillons;


et quand les premières voitures s'élancent sur le pont,

les dernières gouttelettes dorées se dispersent dans le vent qui se lève. 

 



Alors retentissent les cloches de Notre Dame:




«  Nous sommes là! Nous sommes là! »...



Et comme l'on voudrait qu'elles apportent la paix sur toute la ville...




 paru dans la Vie, les Essentiels, juin 2016

Photos: Lulena 



vendredi 12 avril 2019

Ma main caresse les étoiles...

Au Temple du Sommet

La nuit je loge au temple du Sommet
Ma main caresse les étoiles.
Je n'ose élever la voix
De peur d'éveiller les habitants du ciel.

Li Po 





Montagne de printemps, nuit de lune

La montagne de printemps déborde d'instants parfaits...

Jouons jusqu'à la nuit dans l'oubli du retour!

Je puise de l'eau - la lune se love dans les mains ;

Je taquine les fleurs - leurs senteurs m'inondent. 


La joie efface le proche et le lointain.
 
Comment partir, prisonnier des parfums?

Au Sud, quand la cloche frémit,
Les terrasses glissent dans le bleu subtil.

Yu Leang Che



Matin de printemps

Un sommeil de printemps ne sait nulle aube.
Les trilles des oiseaux entourent le dormeur.

Cette nuit bruissement du vent et de la pluie:
Combien de pétales emportés...?

Mong Hao-Jan




Extraits de :  La Montagne Vide  éd. Albin Michel 
Photos: Lulena


dimanche 7 avril 2019

Un corps toujours pur: naissance du Bouddha







Laver un corps toujours pur



Discours tenu dans la Salle du Dharma, pour le Bain anniversaire du Bouddha



Quand le M° Zen Hongzhi ( jap.Wanshi) était Supérieur de Tiantong, dans un discours fait lors du bain du bébé Bouddha, il dit: 

" Ceci est l'eau complètement claire de la vacuité de la nature du soi; le corps parfaitement brillant de la pure sagesse.


 Nous n'avons donc pas besoin de laver ce corps; il n'y a pas un grain de poussière qui existe. 

Ainsi, il devint Bouddha, vainquit les démons, atteignit l'autre rive et quitta cette rive de l'illusion. Ce parler-bébé « baba-wawa »1 était au début , et cette promenade en rampant au hasard devint la cause ( de devenir Bouddha). 

 


En cette occasion, Shakyamouni Bouddha, ne te mets pas en colère si nous versons de l'eau polluée sur ta tête. 

Pourquoi ne pas invoquer le pouvoir d'2Avalokiteshvara, et naturellement cette insulte rebondira vers celui qui en est à l'origine.


Personnes pleines de bienveillance, qu'en est-il juste quand la louche ( pour verser l'eau sur le Bouddha) est dans votre main?
 
Sans étudier, nous ne pouvons pas développer la moindre sagesse."

 
Le Maître Dogen poursuit: 

" Cet ancien Bouddha, mon oncle du Dharma, était de la branche de Daokai. 
Moi, Eihei, descendant de Wanshi, j'ai composé ces vers:



Au moment de sa naissance, trois mille mondes tremblèrent.

Sur le lieu de son éveil, 80.000 portes se sont ouvertes en grand.

Verser de l'eau sur la tête de son corps toujours pur,

Est une mise en scène d'une embarrassante sincérité.



Eihei Kuroku (1248) M° Dogen

April - Buddha's Birthday Assembly by Issho Fujita

 https://global.sotozen-net.or.jp/eng/library/sermon_archive/201104.html



Zen master Daichi (1289-1366) wrote a verse entitled "Buddha's Birth." 


"In Jambudvipa, there are eighty-four thousand castles.
 
Without using any weapons such as swords and shields, great peace is created.
 
We capture Gautama, a daylight thief, alive.
 
So we do not bother to give him a blow with a stick, as Unmon once said."


In Indian cosmology, Jambudvipa is considered a human world.


It is said to be filled with 84,000 earthly desires which cause us to suffer. These earthly desires are likened to "castles" in this verse. We tend to think that our practice is to attack and destroy those castles, believing that we can never attain awakening unless we extinguish all earthly desires.




The Buddha was born into Jambudvipa in order to teach us that that is not the case. He showed us the way to live in peace without resorting to battle against the castles of earthly desires. 

He never taught how to invent and use weapons to destroy them. 

True peace is not possible so long as we rely on weapons. 

 


Chinese Zen master Unmon once blamed the Buddha for tricking us like a wily thief by talking about delusion and enlightenment as if they exist separately. 
So we started a kind of spiritual war against delusion for the sake of enlightenment.

 According to Unmon, Gautama made uncalled-for statements only to misguide us to practice as though we were at war. 

He said, "If I had been there when Gautama was born, I would have given him one fatal blow so as to bring peace back to the people's mind". 
(Of course he is actually praising the Buddha through an expression of reproach). 




Zen master Daichi says that if only we can capture the Buddha alive, we need not perform "Unmon's one blow" to the Buddha to correct his error.


How is it possible to create great peace without using weapons? How can we capture the Buddha alive? 



The answer is to sit zazen of shikantaza. In zazen we do not fight against whatever happens to us. We do not apply any method or technique as a weapon to win the fight. Instead we simply accept it and naturally let go. 

Zazen is to "cease fire" and to create a profound peace within oneself and the world.


During zazen, "sitting-buddha" is being actualized in a vivid way with our whole body-mind. In that sense a new Buddha is being born moment by moment. 

That is how we capture the Buddha alive. 



In this verse of celebrating Buddha's birth, Zen Master Daichi points out that the purpose of the Buddha's birth into this world is to show us how to "bring about peace in our life without fighting against our earthly desires." 


And he suggests we practice and realize it through zazen by which we "capture the Buddha alive." 


As the sixth descendant of Japanese Soto Zen tradition (Eihei Dogen--Koun Ejo--Tettsu Gikai--Keizan Jokin--Meiho Sotetsu--Gida Daichi), he tries to convey what zazen is all about by describing the significance of the Buddha's birth.


In our Soto tradition, we observe Buddha's Birthday Assembly on April 8th to commemorate his birth. Sometimes it is called "Hanamatsuri", meaning "Flower Festival", because he was born in the flower garden in Lumbini. 





As well as performing a solemn ritual and sutra chanting, people also ladle ama-cha (a tea prepared from a variety of hydrangea) on a small standing baby Buddha statue in a pavillion with a roof decorated with flowers. 

It is also a day for us to remind ourselves how lucky we are to be born into this world as a human being, because we can meet with wonderful teachings and practices taught by the Buddha.




1 Ce « parler-bébé »: fait réf. à la phrase « Moi seul suis Bouddha...»; de même « en rampant au hasard » fait réf. aux sept pas faits par le bébé Bouddha.



2« Invoquer le pouvoir d'Avalokiteshvara, et naturellement cette insulte rebondira vers celui qui en est à l'origine » 
Ces mots sont repris du chapitre sur Kanzéon du Sutra du Lotus: « La porte universelle du Bodhisattva Kanzéon »




Illustrations: pluralism, eventfinda, heartoflondonbid, sotozen-net

dimanche 31 mars 2019

Un seul instant de plénitude








L'événement par excellence, c'est la vie ; et la vie, c'est l'événement par excellence.

L'événement par excellence est cet instant de plénitude où il n'est rien qui ne soit entièrement pénétré par la naissance ; où il n'est rien qui ne soit entièrement pénétré par la mort.

Il est cette ouverture spontanée où la naissance et la mort s'accomplissent spontanément sans se faire obstacle.

                     Cet instant même est celui de l'ouverture de la nature entière.


 La vie, maintenant, c'est l'ouverture spontanée de la nature entière. L'ouverture spontanée de la nature entière, c'est la vie, maintenant. La vie ne vient pas, la vie ne s'en va pas. La vie n'apparaît pas, la vie ne devient pas. Et pourtant la nature entière apparaît à chaque instant, la nature entière meurt à chaque instant.



Nous sommes un nombre incalculable d'actes et de pensées. Sachez bien qu'en chacun d'eux, il y a la naissance, il y a aussi la mort.


Faites le calme en vous et réfléchissez à ce qui s'opère en ce moment. Peut-on dire, oui ou non, que toutes les choses qui s'y présentent sont ensembles, et toutes ensemble, avec la vie ?

Il n'y a pas un seul instant, il n'y a pas une seule chose qui soient séparés de la vie. Il n'y a pas un seul phénomène, il n'y a pas une seule pensée qui soient séparés de la vie.

Le Maître de méditation Yuanwu dit : «  La nature entière naît à chaque instant. La nature entière meurt à chaque instant.»

(…) Le principe selon lequel «  La nature entière naît à chaque instant » n'a ni commencement ni fin, il enveloppe à la fois la terre immense et le grand ciel vide. Selon ce principe, non seulement la nature naît à chaque instant, mais aussi la nature meurt à chaque instant.


L'instant où «  la nature meurt » engage la terre immense, et le grand ciel vide n'est pas seulement l'instant où la nature meurt, c'est aussi l'instant où la nature naît. Ainsi peut-on dire que la naissance ne fait pas obstacle à la mort, que la mort ne fait pas obstacle à la naissance.

La terre immense et le grand ciel vide naissent et meurent.

Cela ne signifie pas que la terre immense et le grand ciel vide naissent et meurent séparément à des moments différents.

(…) Ainsi peut-on dire que la naissance pénètre tout ce qui est à chaque instant, que la mort pénètre tout ce qui est à chaque instant. Le sans-naissance et le sans-mort, c'est la nature entière [ qui naît et qui meurt] à chaque instant. La nature entière, c'est la naissance, la nature entière, c'est la mort à chaque instant.


(…) Entièrement happés par le moment présent, la pensée qu'il y a eu d'autres moments présents dans le passé ne nous atteint pas. Et pourtant, il y en eut bel et bien, et chacun de ces moments fut un moment où la nature entière disparut dans son apparition.

Que la nature entière ait disparu dans son apparition dans le passé n'empêche pas que la nature entière disparaisse dans son apparition maintenant.

            C'est ainsi que chaque instant est le tout premier.






Shobogenzo INMO ed. Encre Marine, trad. C. Vacher







lundi 25 mars 2019

Bon anniversaire...!




Quand j'avais une trentaine d'années,
j'ai lu un livre de Confucius qui disait quelque chose comme:

" Si vous vous êtes entrainé jusqu'à l'âge de cinquante ans à ne pas résister à ce qui se produit dans votre vie, 

à vous y ouvrir, alors, quand vous arriverez à cinquante ans,

la vie va vous soutenir et rendra tout plus facile.



Au contraire, si vous avez eu l'habitude de vous refermer et de fuir les difficultés,  

alors quand vous arriverez à cinquante ans, 

vous allez devenir de plus en plus grincheux et mécontent..."

Je me souviens avoir fait le voeu à cet instant de ne pas résister...



Je suis un peu plus optimiste maintenant et je pense qu'on peut commencer à cinquante ans.

(...) Me rapprochant des soixante-dix ans, 

je peux voir les défis amenés par le vieillissement corporel.

Je peux voir comment vers quatre-vingt ans, 

on peut devenir très irritable et impatient!

Alors j'essaye encore d'éviter de chercher un nid douillet...

Je suis "anti-nid" parce que cela nourrit notre tendance à résister à l'ouverture...



Jack Kornfield
Photos: Lulena



 


mercredi 20 mars 2019

Faute de mots exacts



( Cyprès )

Lorsqu'arrive le vent
Nous nous donnons entiers.
Au loin, mille papillons
Déchirent l'horizon.
Nous restons immobiles,
Pour être enfin d'ici.

La sève, l'élan, le chant.

( Cyprès )

Lorsqu' arrive la pluie,
Nous nous laissons tremper.
Le soleil nous prendra
Par la main ; et d'un jet
nous tracerons le trait
- combien droit, combien plein -


Du sol reconnaissant. 


Lumière juste érigée
En chemins, en collines,
En cyprès...choses lointaines
Ou proches que jamais
Nous n'avons révélées,
Faute de mots exacts

Et d'un coeur transparent.



Quand les âmes se font chant
F. Cheng,  Kim en Joong

jeudi 14 mars 2019

Gribouillis- gribouillages






Gribouillis, gribouillages   -

" Fêtez le printemps" 


L'encre ne sèche jamais
sur nos cahiers d'écolière

feuille blanche, main suspendue


coups de pied sous la table
sourires et chuchotements

pupitres, odeur de colle, 
carte de france au mur


feuille griffonnée, temps arrêté
 fin de la récré

 Gribouille






Notre - Dame: notre mémoire de lumière et d'or

Un matin de lumière et d'or Un seul adjectif pour tant de nuances, de délicatesse, de lumière.. «  Doré », ce mince broui...