mardi 19 novembre 2019

Je suis un arbre


Je suis un arbre les

désirs sont mes feuilles

étalées à tout vent

tombant, poussant

tombant

et repoussant


feuilles vertes bourgeons feuilles fanées

au gré

des jours

changent de couleur

se recroquevillent

et flétrissent

ou poussent encore et encore et mangent tout le soleil



je suis un arbre

accrochée

par mes

racines - 

je creuse la pierre,

vacille dans le vent -


entre deux précipices

suspendue

au-dessus d'un

torrent bouillonnant



je suis un arbre

sous l'écorce de mes

cicatrices

rides concentriques d'années

d'hivers

de froid

de pluie



je suis un arbre

la lumière

m'effleure

disparaît

me fait grandir

se cache – mes

branches tirées

vers elle -



je suis lumière










Illustration: Lulena


mardi 12 novembre 2019

Comprendre intimement, corps et esprit


L’apparence des montagnes est complètement différente quand nous sommes dans le monde regardant les montagnes à distance et quand nous sommes dans les montagnes rencontrant les montagnes.

La nature de la montagne est complètement différente quand nous nous sommes séparés d’elle en tant qu’observateurs, et quand nous sommes la montagne avec notre corps et esprit en entier. 

Quand nous sommes intimes avec quelque chose, cette chose n’existe plus et nous non plus. Il n’y a aucune façon d’en parler, de la juger, l’analyser ou la classer par catégorie. Cela remplit l’univers entier.


Maître Dôgen dit : « Ecouter les sons avec son corps et esprit entier, voir les formes avec son corps et esprit entier, on les comprend intimement. » 

Comprendre intimement ne veut pas dire obtenir une information. L’intimité est la demeure des grands sages. 


C’est la réalisation, un saut d’un quantum de conscience dans laquelle notre façon de se percevoir soi-même et l’univers change radicalement et une nouvelle façon impérative commence à guider nos actions.
Dans le Zen, nous disons que l’éveil sans la morale n’est pas encore l’éveil, et que la morale sans l’éveil est n’est pas encore la morale. D’un côté, nous avons le danger de la sagesse qui manque de compassion. 
Comme Gary Snyder a dit une fois : « La sagesse sans compassion ne ressent pas la peine. » 

D’un autre côté, nous avons la compassion sans sagesse, qui devient essentiellement faire le bien. Bien sûr, faire le bien est précieux. Mais faire le bien est différent de réaliser la compassion. C’est seulement faire le bien. 

Quand nous faisons le bien, nous devrions examiner avec soin qui ou qu’est-ce qui est servi par nos actes. Faire le bien demande un sens de soi – il y a quelqu’un qui va aider quelqu’un d’autre. 




Dans la compassion, il n’y a pas de soi, pas d’autre, pas d’auteur de l’action ni rien qui ne soit fait. En définitive, la compassion dépend de la sagesse, et la sagesse dépend de la compassion. 
 


Quand nous soulevons l’un, nous soulevons les deux.

Le bodhisattva Manjushri et le bodhisattva Samantabhadra – qui représentent la sagesse et la compassion – sont toujours assis ensemble de chaque côté de la statue du Bouddha sur l’autel de la salle du Bouddha dans un monastère Zen. 
La sagesse est la compassion ; la compassion est la sagesse. 


Mais bien que nous disions qu’ils sont les deux faces de la même réalité, ils ne peuvent même pas commencer à fonctionner dans nos vies tant que nous ne reconnaissons pas que nous sommes responsables de toute la catastrophe.



J. Daidoo Lori Roshi commentaires sur
M° Dogen: Soutra des montagnes et rivières

mercredi 6 novembre 2019

Notre nom: Voyageur




Notre nom : Voyageur






J’ai lu un livre récemment, que j’avais d’abord choisi pour son titre : « Éloge des vagabondes » de G. Clément


Il parle de ces plantes qui viennent d’ici ou de là, qui s’installent, enrichissent nos paysages, prennent racine, et deviennent nôtres.




Et de nous, êtres humains, qu’en est-il ?


Notre nom à tous et à toutes est "Voyageur", dans cette vie de la naissance à la mort, ou, comme le disent les textes, dans une ronde incessante, la ronde du samsara,  " d'utérus en utérus"...


Voyageurs, nous avons prospéré, nous avons marché sur la terre, petits groupes errants, se rencontrant, se côtoyant, échangeant, apprenant des autres, emmenant les nouvelles techniques, les nouvelles pensées, les nouveaux faires...



Puis nous nous sommes installés, et nous les avons regardés d'un oeil méfiants, eux, les errants, les nomades, les sans-feux et sans-lois.



Nous croyons que nous sommes arrêtés aujourd'hui dans nos villes de pierre, et voilà, d'autres, hommes et femmes,  qui arrivent, effrayés, persécutés, poussés, par la guerre, par d'autres hommes, par le sec, par la misère, attirés par nos lumières, nos richesses, notre paix: 
 nos maisons douillettes, le calme du soir, le pain doré, les champs en fleurs, les rencontres simples et les sourires.




« On ne peut rien contre le vent... »


Le vent des bombes et le vent de la peur, le vent qui porte les cris et les pleurs, le vent qui les chasse alors même qu'ils voudraient rester chez eux, et juste vivre...



Voyageurs, avec un petit sac de misère, des enfants transis, la fatigue d'une vie, le désespoir des abandons, la peur de ces lieux inconnus, des ces langues ignorés, de ces barrières, de ces barbelés, de cette mer impitoyable, de ces uniformes, de ces armes - oui ici aussi, des armes, des cris, de la violence - 



Voyageurs, dans la boue et dans la pluie, au-delà des larmes et de la fatigue, partis animés d'une étincelle d'espoir qui s'est éteinte au fil des jours et des nuits, au fil des regards qui se détournent, du secours qui ne vient pas, des refus, des contrôles, de la nuit du coeur.


Nous avons oublié que nous aussi sommes des voyageurs, que nés ici, installés ici, nous avons aussi à laisser de la place, une place, à ceux qui arrivent, qui apportent de nouveaux regards, de nouveaux savoirs, de nouvelles paroles.



Et nous aussi, voyageurs, ne perdons pas la coutume : la main qui se tend, le verre d’eau qui désaltère, le toit qui protège, le sourire qui accueille...


Lulena 







Eloge des vagabondes: 

Renouée du japon, rhubarbe du Tibet , grande berce du Caucase, pavot de Californie. 

Portées par le vent, par les animaux ou sous la semelle de nos souliers, les plantes vagabondes ont conquis, avec témérité et vitalité, nos jardins, nos talus, nos friches.

Elle n'ont pas bonne presse, on les appelle mauvaises herbes...
 

Gilles Clément
  
Illustrations :
 danslamaisondefrancoise, auffargis, bulledemanou, jardinage.lemonde, vielajoie, naturosympathie, tanzamay

mercredi 30 octobre 2019

Même en plein jour!



Même en plein jour!
Se peut-il que le temple
soit plein de sorcières...? 

 



Veille de Toussaint
On rassemble les bougies -
Les citrouilles tremblent.



 Lulena et la Demeure sans Limites...

Photos Toen Ni

dimanche 27 octobre 2019

Ces vieux Chinois

Hymnus ad patrem sinensis



Je remercie ces vieux Chinois
qui m'ont laissé quelques mots
souvent une plaisanterie ou une question bête, 



Une ligne de poésie griffonnée dans une marge
un dessin en quelques traits - insecte, feuille -
caricature d'un Maître; 
ce papier qui ne tient plus que par l'encre qui le couvre
et leur propre force dans les traces du pinceau.



Leur monde et quelques autres
depuis volatilisés, et ils le savaient
chantant pendant que cela s'engloutissait autour -
clamsant au milieu du fichu printemps - fleurs de cerisier
et jarres de vin - 
heureux de nous avoir tous sauvés.

Philip Whalem



 Illustrations: 
inkdancechinesepaintings.com chinese-zen-buddhism-paintings
Chinadaily
Tricycle


dimanche 20 octobre 2019

Tête, main, pieds

Tête mains pieds

mes pieds…
sur le sol? mais où le sol,
je n’en suis pas toujours sûre
comment je sais
si c’est le sol
ou le plafond
quand ma tête
ma tête ? en l’air bien sûr,
têtenlair têtenlair
attention attention
regarde où tu mets les pieds,
tes pieds, où?
tiens-toi tranquille
donne -moi ta main
les deux mains
attention
tu vas tomber
si tu veux marcher sur les mains
ou bien tomber sur la tête
ça va pas ma tête
si, remets-la sur ses pieds
avec tes mains, voyons
mais qu’elle est bête
bête comme ses pieds
c’est toi qu’es bête
avec ta tête
tête à rien
tu veux ma main…?
pose tes mains sur tes pieds
et relève la tête
tu vois
une tête
des mains des pieds
pose tout maintenant
ne mets pas tes mains
sous mes pieds
attention attention
tu me casses les pieds
ne te casse pas la tête
donne ta main





Lulena

Photo: Patrice Letarnec











lundi 14 octobre 2019

L'art est un chemin...


Sur Jane Hirschfield :

"Définissant la poésie comme « la clarification et l’amplification de l’être », 


elle écrit:


« Ici, comme ailleurs dans la vie, l’attention ne fait 

qu’approfondir ce sur quoi elle se porte. ». 



"L’immersion dans l’art lui-même peut être le point 

d’entrée… Pourtant, il est vrai, la véritable 

concentration apparaît – paradoxalement – au 

moment où on fait moins d’efforts.





 À ce moment-là, il peut y avoir une forte émotion – 

un sentiment de joie, ou même de chagrin – mais 

comme souvent, dans une profonde concentration, le 

moi disparaît. 

Nous semblons être totalement sur l’objet de notre 

attention, ou bien nous disparaissons dans l’attention 

elle-même.  




Et pour autant que l’on puisse croire que le « réel » 

est subjectif et construit, nous pouvons sentir que 

l’art est un chemin, non seulement pour la beauté, 

mais aussi pour la vérité : 


si la « vérité » est un récit choisi, alors de nouvelles 

histoires, de nouvelles esthétiques sont aussi de 

nouvelles vérités."






Proposé par Nathalie C.

Oeuvres: Shoichi  Hasegawa


Je suis un arbre

Je suis un arbre les désirs sont mes feuilles étalées à tout vent tombant, poussant tombant et repoussant ...