lundi 25 juin 2018
lundi 18 juin 2018
Petite princesse
Elle crache un peu dans sa main pour faire briller les petits sous dorés autour de l’ourlet qui attrapent le soleil, il en manque mais tant pis, ça ne se voit pas et même comme ça c’est vraiment une robe de princesse. Elle crachote encore un peu, tortille une mèche dans ses doigts mouillés pour faire une boucle, puis une autre de l’autre côté et passe sa main en râteau dans le frange pour la faire bouffer.
Elle étale encore un peu sa jupe, secoue la tête, essaie un sourire, remue les pieds sous la jupe qui se met à gonfler, ça la fait rire ; elle a plein d’énergie, elle en a assez d’être assise, elle fait un bond pour se lever, mais sa mère l’attrape par la ceinture et tire, et elle retombe sur les fesses. Ça fait mal, ce n’est pas une façon de traiter une princesse ! Elle a envie de pleurer, elle sent qu’elle grimace, mais, tout en souriant à une dame, sa mère lui jette un coup d’oeil qui l’arrête tout de suite. D’ailleurs une princesse ne pleure pas !
Elle se réinstalle, remet sa jupe autour d’elle, essaie de chantonner doucement, mais le temps passe lentement, elle s’ennuie. Est-ce qu’une princesse peut s’ennuyer ? Elle n’est pas sûre. Elle voudrait rentrer. Elle se tortille, n’arrive pas à bien s’installer: il a plu hier soir, ce matin le trottoir est encore humide et ce n’est pas le bout de tapis sur lequel elles sont assises qui peut les protéger. Elle a faim mais elles n’ont rien apporter, sa tante dit que ce n’est pas bien, si on mange, les gens ne donnent rien.
Elle se rapproche de sa mère, pose la tête sur son épaule, elle oublie ses boucles et sa coiffure de princesse. Elle en assez. Dans un geste de tendresse, sa mère lui caresse les cheveux. Elle se blottit encore plus : elle est fatiguée.
Fatiguée de voir ces enfants qui passent en riant, en se bousculant, des livres dans les bras en allant à l’école. Elle, elle reste assise à ce coin de rue, et là maintenant elle est fatiguée même de rêver. Elle ne voit plus que ses chaussures trop grandes aux talons tout cassés, sa robe à l’ourlet déchiré, ses mains sales d’avoir trop joué sur le trottoir. Elle ferme les yeux.
Demain…demain elle frottera ses ongles, elle mettra sa robe bleue avec les volants et le bracelet tout doré que sa tante lui a offert pour son anniversaire et qu’elle a caché au fond de son sac, pour pas qu’une de ses soeurs tombe dessus.
Demain, elle se fera de belles boucles devant la glace, et, avant de sortir, elle essaiera de chiper un peu de rouge de maman: elle sera une vraie princesse, c’est sûr, et même une très jolie petite princesse, demain…
La Vie, les Essentiels, Lulena
mardi 12 juin 2018
Un poème, ça fait longtemps...
Quand
le coq annonce et répète
le titre aigu du jour
la cloche compte
posément
tranquillement
les heures déjà fondues
le titre aigu du jour
la cloche compte
posément
tranquillement
les heures déjà fondues
Son
des cigales dans le vallon
exagéréexagéréexagéré
jusqu’à la plage
exagéréexagéréexagéré
jusqu’à la plage
Les
galets s’enroulent et jouent dans les remous
la partition de leurs couleurs mouillées
la partition de leurs couleurs mouillées
Une
chaise en bois près de la porte bleue
Un basilic un géranium
La vie se repose en regardant la mer
Un basilic un géranium
La vie se repose en regardant la mer
Une
vague palpite là où s’est arrêté le temps
Poing
lancé par l’innocence de l’aube
Entre
l’ombre et la clarté
la lutte a commencé
la lutte a commencé
Elles
rampent en silence se distordent
inextricables entremêlées
un corps à corps millimétrique
inextricables entremêlées
un corps à corps millimétrique
Les
chardons attendent
et les bougainvillées
et les bougainvillées
Quand
sourit le crépuscule
on ne sait pas qui a gagné
on ne sait pas qui a gagné
Demain
recommencera le combat
Extraits
de
Chaque
jour est une page
http://www.roselynesibille.com/
Photos: Françoise, Lulena
Photos: Françoise, Lulena
mardi 5 juin 2018
Ceux qui s'assoient
Histoire
Ceux qui s'assoient
Pour se reposer
Sont ceux que
L'histoire a fait
Trop marcher!
Pour se reposer
Ils laissent
L'histoire passer
leur histoire
leur passé
Ceux qui s'assoient
sont ceux que
l'histoire a oublié de reprendre
en passant
Moha Souag
Poète, nouvelliste et romancier amazigh,*, Moha Souag est né à Boudenib, dans le
sud-est du Maroc où il a longtemps enseigné le français. Voix marquante de la littérature marocaine contemporaine, il se consacre aujourd'hui entièrement à l'écriture.
Son roman Nos plus beaux jours a reçu le prix Grand Atlas 2014.
Nos Plus Beaux Jours
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fille de la terre
De la pierre naît la parole de la main,du coeur et de l’esprit
Ma liberté est une pierre incrusté de sang,d’amour et d’espoir(...)
fille de la terre
De la pierre naît la parole de la main,du coeur et de l’esprit
Ma liberté est une pierre incrusté de sang,d’amour et d’espoir(...)
*Les Berbères se désignent eux-mêmes par le terme Imazighen (au pluriel); au singulier, c'est le terme Amazigh qui est employé. Le mot tamazight désigne leur langue (berbère), mais on écrit aussi «langue amazighe»; le mot Tamazgha désigne le territoire auquel ils appartiennent (la Berbérie).
Photo: Le Parisien
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