jeudi 26 juillet 2018

Parfaitement (im)parfait

 ENSO... 円相    Le cercle parfait




 Ça a commencé comme ça:

Bonjour, nous allons nous retrouver en juillet pour parler du vide, du cercle, de la plénitude:  le coeur, la main - l'harmonie.

Nous aurons l’occasion aussi de nous exercer à tracer cet Enso, ce cercle de la Voie.

Il vous faut un ou deux pinceaux. Vous pouvez acheter des pinceaux japonais, ou des pinceaux ordinaires, avec un bout pointu, pas plat.

Si vous avez des supports papier que vous aimez, apportez – les.

Nous aurons de l’encre japonaise, mais là aussi si vous avez envie de couleur, apportez ce que vous aimez.Lulena




On a d'abord travaillé là-dessus: 

Il faut savoir
qu'imprégner le papier
d'une seule goutte d'encre
n'est pas une mince affaire:

il faut que le cœur
se fasse
immense et vide
sans plus contenir
un seul objet...


Li Rihua



 Alors, on a commencé:

Le pinceau se pose, il glisse, ralentit, change de direction.
Commencer, finir. Respirer.
Le trait se forme. Regarder, retracer de nouveau.
Chaque feuille accueille nos lignes, et chaque papier nous offre ses qualités propres, nous devons l'écouter. 
Persévérer, recommencer, un trait, toujours le même, jamais le même,  répété,  puis plusieurs. Le mot apparaît. Apprendre le rythme du tracé, écrire avec le corps tout entier. Se jeter dans le trait, sans hésitation ni retour possible. Y entrer, en sortir, jamais brusquement. Nous traçons nos vies, nous avançons sur nos chemins d'encre. Anne Shingei


Puis on a continué comme ça: 
 

Petits poèmes tout ronds
 
passent
 
à l'ombre des pins
 
Source fraîche pour le Coeur


Pequeñitos poemas redonditos

 
paseando pasando
 
en la sombra de los pinos
 
Fuente fresco para el Corazón




Martine P



Puis comme ci:


Ainsi vont,

les petits poèmes ronds.

Pareils,

à des « cercles d’éveil ».

Source fraîche pour le cœur

et la Demeure.

Entre,

dans la Voie de l’encre.

Source vive de l’abreuvoir,

poésie de l’aléatoire.

L’eau !

L’Ô !


Et à la fin tout le monde s'y est mis...




円 相  : 円: cercle, perfection... 相: aspect, figure, forme...
Il y a une autre signification dans 相: « mutuellement » :
相 est composé par deux idéogrammes = l'arbre (la partie gauche)+ l'oeil (celle de droite) =

'regarder l'arbre'
- regarder l'arbre qui pousse dru, qui offre une énergie/vivacité à la personne qui le regarde= aider, soutenir,
et cela se passe entre deux êtres (l'être humain et l'arbre) = mutuellement 
Akiko San


Un même espace unit tous les êtres : espace intérieur au monde.
 En silence l’oiseau vole au travers de nous. 
Ô, moi, qui veux grandir,
je regarde au-dehors, et en moi grandit l’arbre.

 R. M. Rilke



L’arbre m’offre son écorce pour m’y adosser.
 Puissé-je, à mon tour, 
avec tous les êtres, 
offrir à l’Autre le refuge de la compassion 
qui ne choisit pas.

Écrit par une participante de la retraite à Rixensart


 
Et depuis nous voyons des Enso partout:




 Si chaque moment est notre vie entière, comment osons-nous tuer le temps ? Si chaque coup de pinceau est notre respiration entière, comment osons-nous le corriger ?

Vous ne pouvez rien cacher dans une ligne. Vous êtes là, quelle que soit la ligne que vous tracez. Et vous allez rester là, même quand vous allez ailleurs. Si votre personnalité est suffisamment intéressante, la ligne sera intéressante. Pour faire cela, vous devez être sans peur.

Vous ne pouvez pas être juste sans simplicité.

Ce qui plaît à nos yeux n'est pas suffisamment dangereux.

Kazuaki Tanahashi


Photos: Martine P, Lulena

Bonnes vacances, à bientôt...à la mi-août: OBON, Fête des Morts

lundi 16 juillet 2018

Rester avec ce qui vous pèse?

Plus rien ne pèse...


 
L'attachement à soi augmente l'opacité de la vie.



 Un moment de vrai oubli et tous les écrans les uns derrière les autres deviennent transparents, de sorte qu'on voit la clarté jusqu'au fond, aussi loin que la vue porte, et du même coup, plus rien ne pèse.
 



Ainsi l'âme est vraiment changée en oiseau...


Jacottet

lundi 9 juillet 2018

Mémo...ne pas oublier....

Mémo
 
Ne pas oublier de câliner l'instant
 
Accrocher un point d'exclamation à chacun de mes pas
 
Humer les parfums cendrés du jour sur la pointe des pieds
 
Mélanger un sourire à l'encre de ma signature...
 


(Nathalie Calmé - décembre 2017)



"Ma fille Hélène en fleurs !" Photo : création de Nathalie Calmé (2017)

lundi 2 juillet 2018

L'oubli plutôt que la haine...

 Chez ceux qui chérissent des pensées telles que « on m’a maltraité, on m’a battu, on m’a vaincu, on m’a harcelé », la haine n’est pas apaisée.

Est-ce que vous chérissez vos pensées de victime, de revanche, de malheurs...?
Est-ce que vous gardez dans votre coeur toutes les fois où vous avez été dupé.e, maltraité.e, vaincu.e?

Il faut donc avoir une certaine capacité pour oublier ou pour rester sans penser au passé malheureux, car la haine n’est pas éteinte par la haine en ce monde. 

Est-ce que vous laissez place à l'oubli? Ou est-ce que vous cramponnez votre passé, avec toutes ses plaies, ses bosses, ses rancœurs, ses malheurs?
Est-ce que vous vous laissez de l'espace - est-ce que vous vivez enfermé.e?

C’est par la non-haine seule que les haines sont éteintes. C’est un fait valable pour toujours .  

Pouvez-vous? Aimez-

vous votre haine?  est-ce qu'elle vous tient chaud le soir? La passez-vous à d'autres, amis, famille, enfants?
 Sera-t-elle éteinte avec vous, au moins?
Ou vous êtes-vous assuré.e qu'elle continuera, s'étendra, empoisonnera d'autres personnes, d'autres temps, d'autres vies...?

 Avez-vous PEUR? De tout perdre, de ne plus
être, de ne plus exister? Vous êtes-vous défini.e par votre malheur, votre rage, votre colère...?

Vous n'êtes pas cela...vous êtes aussi chaque instant de ce monde, chaque sourire, chaque fleur éclose, chaque geste d'amour...

Vous ne me croyez  pas? Essayez pour voir...Oubliez - juste un instant et laissez tous les autres possibles de la vie vous emplir...

Vous vous retournez, et vous pleurez tout le temps perdu?

Tout le temps est là- juste en cet instant.

Même une minute sans haine est une vie entière, même une respiration apaisée est une éternité.
 

Ne changez pas la haine pour les regrets.

Même si vous allez mourir dans la minute qui vient -
vivez pleinement cette minute.

 Tout est là, juste devant vous - juste en vous.

Dhammapada
Lulena



lundi 18 juin 2018

Petite princesse



 Aujourd’hui, c’est décidé, elle est une princesse, une très jolie princesse. Elle s’assoit bien droite et lisse les plis de sa jupe, l’un après l’autre, bien soigneusement ; elle est un peu froissée, on ne peut rien y faire ;  elle l’étend autour d’elle, comme une fleur, et cache ses pieds dessous, les chaussures, c’est aussi bien si on ne les voit pas.

  Elle crache un peu dans sa main pour faire briller les petits sous dorés autour de l’ourlet qui attrapent le soleil, il en manque mais tant pis, ça ne se voit pas et même comme ça c’est vraiment une robe de princesse. Elle crachote encore un peu, tortille une mèche dans ses doigts mouillés pour faire une boucle, puis une autre de l’autre côté et passe sa main en râteau dans le frange pour la faire bouffer. 



 Heureusement que sa tante lui a lavé les cheveux hier, ils font comme une auréole autour de sa tête, elle l’a vu ce matin dans le bout de miroir emprunté à sa sœur qui dormait encore. Ici il n’y a pas de glace, c’est dommage, mais elle n’a pas besoin de se voir pour être une princesse. 


Elle étale encore un peu sa jupe, secoue la tête, essaie un sourire, remue les pieds sous la jupe qui se met à gonfler, ça la fait rire ; elle a plein d’énergie, elle en a assez d’être assise, elle fait un bond pour se lever, mais sa mère l’attrape par la ceinture et tire, et elle retombe sur les fesses. Ça fait mal, ce n’est pas une façon de traiter une princesse ! Elle a envie de pleurer, elle sent qu’elle grimace, mais, tout en souriant à une dame, sa mère lui jette un coup d’oeil qui l’arrête tout de suite. D’ailleurs une princesse ne pleure pas ! 


Elle se réinstalle, remet sa jupe autour d’elle, essaie de chantonner doucement, mais le temps passe lentement, elle s’ennuie. Est-ce qu’une princesse peut s’ennuyer ? Elle n’est pas sûre. Elle voudrait rentrer. Elle se tortille, n’arrive pas à bien s’installer: il a plu hier soir, ce matin le trottoir est encore humide et ce n’est pas le bout de tapis sur lequel elles sont assises qui peut les protéger. Elle a faim mais elles n’ont rien apporter, sa tante dit que ce n’est pas bien, si on mange, les gens ne donnent rien. 

 Elle se rapproche de sa mère, pose la tête sur son épaule, elle oublie ses boucles et sa coiffure de princesse. Elle en assez. Dans un geste de tendresse, sa mère lui caresse les cheveux. Elle se blottit encore plus : elle est fatiguée.

Fatiguée de voir tous ces gens qui passent sans la regarder quand elles sont assises sur leur trottoir. Et aussi de ces dames qui s’arrêtent, la dévisagent avec des yeux qui disent « pauvre petite » et ne donnent rien. Fatiguée de ceux qui font des grimaces quand ils les croisent dans le métro, ou qui les traitent de « sales Roms. ».  

Fatiguée de voir ces enfants qui passent en riant, en se bousculant, des livres dans les bras en allant à l’école. Elle, elle reste assise à ce coin de rue, et là maintenant elle est fatiguée même de rêver. Elle ne voit plus que ses chaussures trop grandes aux talons tout cassés, sa robe à l’ourlet déchiré, ses mains sales d’avoir trop joué sur le trottoir. Elle ferme les yeux. 




 Demain…demain elle frottera ses ongles, elle mettra sa robe bleue avec les volants et le bracelet tout doré que sa tante lui a offert pour son anniversaire et qu’elle a caché au fond de son sac, pour pas qu’une de ses soeurs tombe dessus. 

 Demain, elle se fera de belles boucles devant la glace, et, avant de sortir, elle essaiera de chiper un peu de rouge de maman:  elle sera une vraie princesse, c’est sûr, et même une très jolie petite princesse, demain…





La Vie, les Essentiels, Lulena




La fin d'un blog

     Impermanence et changement...    pas facile parfois... la fin de ce blog depuis avril 2012, pour moi, un espace de liberté, un espace d...