Lyon, photo Françoise
mercredi 18 mars 2020
lundi 9 mars 2020
Hotspot: Eros, Sappho, Abandon
Si
vous décomposez la Grèce, à la fin vous verrez qu’il vous reste
un olivier, une vigne et un bateau. Ce qui veut dire qu’avec le
double, on la refait.
Odysseas Elytis
προσφυγικό
κέντρο Μόριας
En Europe, un hotspot est une approche européenne visant à améliorer le procédé servant à identifier, enregistrer et prendre les empreintes digitales des migrants arrivant.
Parmi les pays où se trouvent des hotspots figurent l'Italie et la Grèce.
Le tout premier hotspot a été fondé en mars 2013, à Fylakio au nord de la Grèce aux abords de la frontière Turque.
Un second a été établi en septembre 2015, il se situe sur l'île de Lesbos.
Comme
langue on m’a donné de parler grec
elle est mon humble maison
sur les plages sablonneuses d’Homère
mon seul souci est de mettre
ma langue dans les plages sablonneuses d’Homère
la dorade et la perche
les verbes battus par les
vents
avec le vert des courants
céruléen
tout ce que j’ai vu
flamboyant dans mes entrailles
éponges, méduses
avec les premiers mots de la
Sirène
coquillages rose foncé avec
leurs premiers noirs
frissons.
(Axion Esti)
C'est
le camp de Morya - grec moderne: προσφυγικό κέντρο
Μόριας- près de Mytilène qui est entouré de barbelés.
Ouvert
en 2013 sur une ancienne base militaire, la capacité du centre est
au départ de 150 places dans le but d'y accueillir des réfugiés
pour une ou deux nuits, avant d'être transférés à Athènes.
En
janvier 2017, 4067 réfugiés étaient détenus dans le camp de Mória
d'après les chiffres de l'ONG Save
The Children encore active sur place.
Les
conditions de vie sur le camp dénoncées par le HCR (Haut
commissariat de l'ONU aux réfugiés) et les ONG sont d'autant plus
alarmantes que le camp de Mória est interdit à la presse depuis
les accords signés avec la Turquie en mars 2016.
Il
permet de discriminer les réfugiés syriens, qui ont le droit d'être
réfugié, des autres étrangers, qui sont relégués dans des zones
d’immondices.
Une
jungle de tentes, de détritus et de boue grossit tout autour, où
près d’une personne sur deux (42%) est un enfant.
De
la mer Egée (Orientations 1939)
La Mer fait glisser ses baisers sur le sable caressé – Éros
la mouette offre à l’horizon
sa liberté bleue
Viennent les vagues écumantes
questionnant sans trêve l’oreille
des coquillages
Qui a pris la jeune fille blonde et
bronzée ?
la brise de la mer avec son souffle
transparent
fait pencher la voile du rêve
Tout au loin
Éros murmure sa promesse – Mer qui
glisse.
Odysseus Elytis
A 8 ans, certains enfants
du camp de Moria remettent des couches, ne parlent plus, ne jouent
plus et évitent de regarder les autres.
D’autres refusent d’ouvrir
les yeux le matin et restent dans un coin de la tente toute la
journée. A Moria, il n’y a pas d’endroit pour jouer, pas
d’endroit pour les enfants, pas d’école.
Beaucoup de parents
culpabilisent et se désespèrent. Pour les médecins et psychologues
de MSF, il y a l’impression permanente de ne jamais pouvoir faire
assez.
"Chaque jour, des parents désespérés nous amènent des enfants de moins de 10 ans qui s’arrachent les cheveux, se frappent, se jettent la tête contre les murs, se scarifient. Ce sont des enfants qui ne veulent plus vivre, des enfants qui n’ont plus d’espoir. Il faut les sortir d’ici. Pas aujourd’hui, ni demain, mais tout de suite. " Angela Metaldi, pédo-psychologue pour MSF à Moria
Les plus mal lotis sont encore les mineurs non accompagnés. Pour eux, une ONG grecque, Metadrassi, tente de les protéger mais avec trop peu de moyens. 5 tuteurs et éducateurs spécialisés protègent 40 enfants chacun. `
Soit 200 enfants pris en charge sur
les 1 060 que compte officiellement le camp.
"C’est absurde, nous sommes obligés de choisir les enfants que nous allons protéger. Souvent, ce sont les plus vulnérables, les filles ou les enfants déjà victimes de trafic sexuel, les moins de 15 ans et aussi ceux qui ont de la famille en Europe afin d’obtenir la réunification familiale. Mais on est loin du compte. Beaucoup d’enfants sont abandonnés dans ce camp de l’enfer. " Sevi Saridaki, tutrice et éducatrice spécialisée au sein de l’ONG Metadrasi
"Il faut reprendre la relocalisation des personnes à travers l’Europe (stoppées en 2017 ndlr). Evacuer en priorité vers des centres spécialisés ailleurs en Europe, en France par exemple, tous les enfants non accompagnés. Il y en a 5 500 en Grèce. Pour chaque pays de l’UE, cela demande de prendre en charge 200 enfants ! Est-ce si compliqué ?"
Laura Pappa, directrice de l’ONG grecque Metadrasi
Érotas
1
Éros
l’archipel
et la proue de l’écume
et les mouettes de leurs rêves
Hissé sur le plus haut mat
le marin fait flotter un chant
Éros
son chant
et les horizons de ses voyages
et l’écho de sa nostalgie
sur le rocher le plus mouillé la
fiancée
attend un bateau
Éros
son bateau
Et la douce nonchalance de son vent
d’été
et le grand foc de son espoir
sur la plus légère ondulation une
île se berce
le retour.
Odysseus Elytis
De la mer Egée (Orientations 1939)
De la mer Egée (Orientations 1939)
Et tout en faisant ce post, je me disais, c'est facile, mélanger ainsi poèmes et horreur, mais comment faire? Comme dire ce qu'on n'a pas envie d'entendre, donner lire ce qu'on n'a pas envie de savoir?
Qu'ils sont là, juste à côté de nous, que nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas, que demain nous aurons des comptes à rendre sur notre inhumanité...
Que la Grèce est belle, et généreuse, il faut la montrer ; c'est la poésie et le don, et nous l'avons transformée en camp, en laideur en souffrances...
Que nous ne pouvons pas les critiquer, ces habitants de Lesbos, qui après avoir accueilli, aidé, soutenu les arrivants, refusent maintenant de voir leurs oliviers arrachés, leur mer souillée, leur île vide de visiteurs...Refusent de vivre, eux, jour et nuit, du matin au soir, auprès de toute cette souffrance...comment vit-on en voyant sous ces yeux des enfants mourir de froid? Comment vit-on en entendant la plainte et la colère...En sachant qu'on ne peut rien, qu'il n'y aura pas d'aide- si, pardon, l'Europe a proposé de l'argent...de l'argent !
Nous, Européens, nous les maltraitons tous, Grecs, et Afghans, Maliens, Marocains, Palestiniens, Somaliens, Nigériens, Bengalis, Lybiens ; habitants de Lesbos et de Kos, de Samos, de Leros...tous ces noms de rêve, ces îles de vacances...
Nous les avons abandonnés dans un face à face injuste pour tous et insoutenable.
Dauphins,
étendards et canonnades.
La mer si amère quelquefois à ton âme
soulevait les bateaux colorés et brillants
elle les berçait, elle les agitait, toute mauve avec des ailes blanches,
si amère quelquefois à ton âme
maintenant pleine de couleurs dans le soleil
La mer si amère quelquefois à ton âme
soulevait les bateaux colorés et brillants
elle les berçait, elle les agitait, toute mauve avec des ailes blanches,
si amère quelquefois à ton âme
maintenant pleine de couleurs dans le soleil
George Seferis,
ποικιλόθρον' ἀθανάτ' Αφρόδιτα,
παῖ Δίος δολόπλοκε, λίσσομαί σε,
μή μ' ἄσαισι μηδ' ὀνίαισι δάμνα,
πότνια, θῦμον,
παῖ Δίος δολόπλοκε, λίσσομαί σε,
μή μ' ἄσαισι μηδ' ὀνίαισι δάμνα,
πότνια, θῦμον,
Toi dont le trône étincelle, ô immortelle Aphrodite, fille de Zeus, ourdisseuse de trames, je t'implore : ne laisse pas, ô souveraine, dégoûts ou chagrins affliger mon âme...
Début de l'Ode à Aphrodite Sappho VIe siècle av. J.-C.
Articles et illustrations:
Wikipedia: hotspot, camp de Moria; France Culture: des milliers d'enfants pris au piège; le Monde; Medecins sans Frontières: https://www.msf.fr/communiques-presse/a-lesbos-les-autorites-grecques-refusent-de-soigner-des-enfants-gravement-malades.
oliviers-centenaires; inthenationalherald; liberation; grecevacances.
jeudi 5 mars 2020
Juste nous...
Ryokan: un prunier tout fleuri...
Dans le jardin
juste nous:
un prunier
tout fleuri
et un vieil homme
tout vieux
Je suis allé
jusqu'à ce village
pour admirer les pruniers en fleurs-
mais j'ai oublié
et j'ai passé la journée
à regarder les fleurs
le long de la rivière...
Ryokan
Between the Floating Mist
Trad. Lulena
samedi 29 février 2020
mercredi 19 février 2020
Eh ! vous, demandez le chemin...
Demandez
le chemin...
Vous
les crétins qui demandez ce qu'est bouddha.
Interrogez
plutôt sur ce qu'est chaque être vivant.
Interrogez
sur chaque chose vivante.
Quand
vous avez faim
interrogez sur la
nourriture.
Interrogez
la lumière de la lune sur le chemin.
Trouvez
un port où les citronniers sont en fleurs
- où les citronniers sont
en fleurs.
Interrogez
sur les endroits pour boire dans ce port.
Demandez
et demandez jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien à demander.
Ko
Un
samedi 15 février 2020
vendredi 7 février 2020
Apaiser la soif...?
Le cœur apaisé
Il
est encore tôt, et le petit matin est frisquet, mais déjà cette
journée s'annonce claire et lumineuse. Partie pour traverser la cour
à toute allure afin de rassembler tout ce qu'il faut pour un grand
nettoyage, j'hésite : pourquoi courir ? Ces premiers
chuchotements du printemps, ces matins suspendus entre givre et
soleil, ce moment où toute la nature frémit d'impatience après un
long hiver.
Je
regarde autour de moi : les neiges tardives ont retardé les
floraisons, mais les taches rouges et jaunes des tulipes égaient
encore les murs de pierre ; les petites pensées, qui ne
craignent ni le froid ni la neige, sont éparpillées dans tout le
jardin, et le forsythia éclate . Plus loin, le prunus, au
bord du chemin, enveloppe d'un voile rose les troncs des vieux
cerisiers. Déjà les prés reverdissent, et bientôt ils se
couvriront de fleurs. Je reste là, assise, tranquille, absorbant la
beauté et le calme qui m'entourent.
Lorsque
j'étais jeune, je voulais que ma vie soit pleine – pleine
d'émotions, de sensations, de voyages, d'expériences... Je
regardais avec horreur les vieilles personnes – de l'âge de mes
parents ! – et il me semblait que leurs vies étaient ternes,
ennuyeuses et mornes.
Et je me jurais, que jamais, jamais, je ne
vivrai comme eux. Je voulais que chaque jour apporte une aventure, de
l'espoir, un changement, ou même du chagrin, mais quelque chose. Je
frissonnai à la chanson de Jacques Brel avec sa pendule dans le
salon; je détestais tout ce qui ressemblait à une habitude. Il me
semblait qu'il n'y avait pas d'autre choix dans la vie qu'entre ces
deux chemins.
Et
puis, je suis entrée dans un monastère au Japon : horaires
stricts, journées identiques et longues heures de méditation. Et il
me semble que le premier mot que j'y ai appris- avec réticence,
d'abord, et difficultés- est : apaisement.
Un calme qui apaise
la soif : soif de mouvement, soif d'objets, soif d'amour, soif
de se sentir exister, soifs...L'apaisement est comme une eau fraîche
qui traverse notre corps et notre cœur. J'y ai appris que calme
n'est pas synonyme d'ennui, mais de joie profonde; qu'il y a un autre
espace pour nos jours que je n'avais jamais imaginé ; une autre
façon de vivre, qui n'était ni dans l'agitation ni dans l'inertie.
Mais
d'abord cela fait peur : nous avons l'impression que si nous
arrêtons de nous agiter, d'essayer d'attraper tout ce qui nous fait
envie, si nous essayons de nous poser, nous allons devenir aveugles
et sourds, insensibles, perdant ainsi toutes les joies de la vie.
Et
nous aimons cette soif insatiable qui est en même temps aiguillon et
souffrance. Nous cherchons à l'extérieur ce qui ne peut que venir
de l'intérieur. Nous voulons cette « sérénité » dont
on nous parle, mais sans rien perdre de nos émotions ! Nous
voulons la paix, mais avec quand même un bon peu de mouvements et de
bruits autour! En fait, nous voulons ceci, et encore cela, et tout
que nous voyons par-dessus le marché...
Un
cœur apaisé ne craint plus le silence car il bat au rythme de
l'univers ; dans ce silence nous pouvons tout entendre : le
bruissement du vent, le craquements des pierres, les battements de
notre cœur, les joies et les peines de ceux qui nous entourent ;
un cœur clair nous permet de voir la beauté du monde et des êtres,
la lumière de chaque visage ; un cœur pur nous fait vivre dans
la limpidité
de chaque matin.
Le
soleil emplit la cour à présent et fait scintiller de minuscules
gouttes de rosée sur les fleurs du prunier ; une araignée
tire un fil transparent entre deux bourgeons ; tout ébouriffé,
un oiseau s'éloigne du nid.
La cloche sonne ; le son en est
tout doré.
La
journée sera longue et belle.
La Vie les Essentiels. Lulena
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