lundi 12 mai 2014

Pleine lune de mai


En Inde, et dans les pays d'Asie du Sud Est, le jour de commémoration de la naissance, de l'éveil et de la mort de Bouddha est nommé Vesak (du nom du deuxième mois lunaire du calendrier hindou, Vaisakha) et Buddha Purnima, soit la Pleine Lune du Bouddha.

Cette commémoration a lieu lors du jour de Poya du mois de mai (pleine lune de mai). 
Cette année le mercredi 14 mai.


 Photo Françoise




Née après Shakyamouni
morte avant Maitreya

ma vie certes commence et se termine
entre deux Bouddhas

mais la naissance
n’est pas la naissance
et la mort
n’est pas la mort

Lung Po
le vieux pin
sereinement repose
entre deux nuages...


Lung Po- nonne bouddhiste chinoise 11éme s.








Photo Yvon





Je suis le Bouddha


ayant gagné l'autre rive
j'y fais passer tous les autres

étant libéré je libère

étant consolé je console


parvenu au Nirvana total j'y conduis tous les êtres


je suis celui qui montre le Chemin
parce que je le connais parfaitement

je ferai tomber la pluie de la Loi
telle la pluie qui irrigue les plantes et les arbres


tous ceux qui m'écoutent deviendront
des Bouddhas



Sutra du Lotus Blanc


Photo Anne


Les personnes du monde
qui ne me comprennent pas
m'appellent
de mon nom du monde:
« Vieille Zhou »

  • vous m'invitez à la Fête du Bouddha,
qui dure sept jours,
mais la fête de la méditation
est sans fin...


Huixu nonne bouddhiste chinoise 11éme s.

dimanche 4 mai 2014

Aux profondeurs du coeur ...

茶の湯:
Préparer le thé
avec de l'eau puisée 
aux profondeurs du coeur
dont le fonds
est insondable.... 
Sen no Rikyu






la bouilloire en fer

commence à chanter

- vent dans les grands pins *













朝々や茶がむまく成る霧おりる

asa-asa ya cha ga mumaku naru kiri oriru


matin après matin
mon thé a meilleur goût
- là- bas la brume 




« Maintenant» est le seul moment qui existe. 

Aucune autre cérémonie du thé ne sera comme celle-ci. Les invités changeront, le goût du thé ne sera pas le même, la lumière qui se faufile à travers le shoji sera plus brillante ou plus pâle, le chabana (les fleurs de la cérémonie du thé) va se flétrir 
et de nouvelles fleurs le remplaceront.



La poésie japonaise aussi offre cette appréciation du moment, à la fois à travers notre expérience de la nature et dans le processus d'écriture.



Murata Shuko ( 1422-1502) , Supérieur de temple de Daitoku à Kyoto, se détourna des cérémonies trop chargées pour introduire une esthétique nouvelle « Soan-cha », « le thé de la hutte au toit de chaume ». Soan-cha met l'accent sur la relation entre l'hôte et l'invité, donnant plus d'importance à l'état d'esprit et au cœur de l’hôte qu'à sa technique.


http://margaretchula.blogspot.fr/2010/04/harmony-poetry-and-bowl-of-tea.html





 Ichi go ichi e, un seul moment, une seule rencontre.


Le thé n'est rien d’autre que ceci :

d'abord chauffer l'eau

puis faire le thé

ensuite le boire comme il faut

c'est là tout ce que vous devez savoir.
Sen no Rikyu (1522-1591)



A travers le thé, l'hôte et l'invité se retrouvent dans l'unité de ce moment. 
L'hôte et l'invité partagent  « isshin : 一心» un même cœur.








L'hôte et l'invité

respirent ensemble

-la poudre devient thé.







RESPECT  敬 Kei


En entrant dans la salle du thé, toute différence entre soi et les autres s'évanouit ; c'est le respect de l'autre qui prévaut, et ainsi atteint on la paix du cœur...Murata Shuko



Levant les yeux

vers ce coin de ciel

où chante le coucou

il n'y a rien à voir

que la lune du petit matin


( Traduction d'un rouleau accroché dans la salle du thé de Toyotomi Hidetsugu)






      
      PURETE  清  Sei





Bien que je balaie et balaie,

sur tous les chemins de mon jardin

bien qu'invisibles

de petits flocons de poussière

sur les fines aiguilles de pin

Sen no Rikyu



 

Sei représente la propreté et l'ordre tant sur le plan physique que spirituel. Pour la cérémonie du thé ( chanoyou 茶の湯), la pureté commence par l'environnement. Le jardin a été désherbé , balayé et arrosé avant l'arrivée des invités.
La salle du thé et les ustensiles sont impeccables, pourtant, devant les invités, l'hôte les essuie encore afin de purifier son esprit.
 Les invités eux aussi participent à la purification, en se rinçant les mains et la bouche au bassin extérieur, en enlevant leurs chaussures, leurs armes et leurs bijoux avant d'entrer dans la salle du thé.

Quand vous entendrez le ploc !

D'une goutte d'eau tombant

dans le bol de pierre

vous sentirez que toute la poussière

de votre esprit est nettoyée...
Sen no Rikyu 








Pour profiter pleinement de Chanoyou, les participants aussi doivent purifier leurs esprits : c'est l'idéal de FURYU, 風流  mot composé de « vent » et de « couler », suggérant que notre esprit doit couler à travers la vie, comme le vent se coule à travers la nature. 
Furyu 
comprend l'imparfait et l'incomplet : la fleur à moitié ouverte dans le vase, l'image évocatrice plutôt que concrète du haïku, ce qu'on appelle 
«  la poétique de la légèreté »:

" La simplicité, c'est tout ce dont nous avons besoin dans ce monde..." Sen no Rikyu




TRANQUILITE 寂 jaku



Jaku est un terme bouddhiste que l'on traduit souvent par l'état sublime du Nirvana.

«  Vivre en portant une attention raffinée aux détails...non pas parce que cela va agrandir le soi mais parce qu'ils apportent dans nos vies l'harmonie qui transcende le soi... »  
Kakuzo Okakura


La terre et l'eau
et le feu dans le bol du thé
 -mousse verte 






 Ichi go ichi e, un seul moment, une seule rencontre dans ce monde éphémère...



茶の煙柳と共にそよぐ也
 cha no kemuri yanagi to tomo ni soyogu nari

la fumée du thé

et le peuplier


tremblant ensemble

Issa




Sources:
Texte et poèmes: http://margaretchula.blogspot.fr/2010/04/harmony-poetry-and-bowl-of-tea.html
Lulena 

avec de l'eau puisée 
aux profondeurs du coeur....











dimanche 27 avril 2014

Le premier enchantement




Quand on a mission d'éveiller,
on commence par faire sa toilette dans la rivière.
 

Le premier enchantement
comme le premier saisissement sont pour soi. 

Rougeur des matinaux
R.Char


mercredi 16 avril 2014

Le Destructeur, le Danseur, Celui qui défait le monde...








Dis-moi, enfant, toi que je rencontre partout sur mon chemin, qui es-tu ?
 

Je suis l'enfant du temps. Dès l'origine, je suis là ; jusqu'à la fin, je suis là. Quand le moment est venu, je me manifeste; quand il le faut, je me transforme. 
Je suis la force et la faiblesse ; sans moi, il n'y a pas de renouveau, il n'y a pas d'avenir. Je suis l'envers de la création, la nécessité de la perte ; j'apporte le mouvement, et la vie, et la mort.

On m'a donné beaucoup de noms, j'aime celui de Shiva. 

Mais on me nomme aussi le Destructeur, le Danseur,
 l'Infini, Celui qui défait le monde...




Suis-je la seule à te voir ?
 

Tous me voient, mais peu me reconnaissent : je suis le petit garçon qui part jouer en donnant des coups de pied dans la fourmilière, je suis la jeune fille quand elle s'éloigne sans regarder en arrière, l'homme qui aime la guerre; je suis la femme qui porte les enfants, qui voit la vie grandir en elle.

 Je suis le vieillard qui regarde pousser les arbres qu'il a plantés, et flétrir ses années... Je suis l'automne, et les feuilles qui s'abandonnent au vent, se laissant porter vers la terre ; le rouge flamboyant du grand cerisier, l'or des chênes ; 

je suis l'hiver nu et desséché, la tourmente qui casse les branches, la neige pure qui recouvre les champs. Je suis la tempête qui s'élève et qui brise, le souffle du printemps, les orages de l'été.
 Le torrent qui gonfle chuchote mon nom, l'éboulis qui brise la crête le proclame, la terre tremble quand je la réveille.



Ne sais-tu donc que détruire et abîmer ?
 

Tu ne comprends pas: je suis aussi la paix qui protège la terre et permet aux premières fleurs d'apparaître; je suis aussi la sève, qui au cœur même de l'hiver, s'élève dans les arbres ; grâce à moi, les branches dénudées porteront des bourgeons, et les fleurs laisseront la place aux fruits.




  Je suis celui qui change le cours des choses, amenant la rivière là où manquait l'eau, qui redessine sans cesse les plages et les côtes, annonçant de nouveaux chemins.

 Je polis la roche en millions de grains de sable, et transforme le volcan en terre noire et riche.

 Je suis l'année qui se termine, et l'année nouvelle qui s'offre.
 









 Je suis celui qui réjouit ou désespère; j'apporte le changement, la fin et le commencement, le renouveau et la peur; je me joue de vos projets et de vos désirs, car ma danse est le monde.

 Je danse pour que les saisons s'écoulent, que la nuit succède au jour. 

Ma danse est danse de vie, car l'immobilité est la mort.




 Je danse le temps qui passe, 
les pétales fanés des fleurs de cerisiers, 
mais aussi les premières roses.

Et moi, est-ce que tu me connais ?
 

Regarde : vois tes mains, qui chaque année ressemblent un peu plus aux feuilles des arbres d'automne, rousses, sèches, fragiles...vois le visage qui se creuse, le corps qui s'affaiblit...Toute l'histoire d'une vie que j'inscris sur chaque corps. 



Pourquoi cette grimace ? Voudrais-tu être encore une enfant au sein de ta mère ? N'avoir jamais grandi, n'avoir pas changé, n'avoir jamais vécu ?

Enfant, tu m'effraies...
 

Pourquoi avoir peur du changement ? N'est-il pas déjà inscrit en toi dès avant ta naissance ? N'est-ce pas l'étoffe dont est tissée la vie humaine? L'air que tu respires, la terre sur laquelle tu marches ne sont pas autre chose que les traces de mes pas.



  Chacun de tes jours n'est autre 
qu'un instant de cette danse...


















Danse, Shiva, danse, la grande danse de la vie et du changement...
Saurons-nous t'accompagner avec grâce, 
aussi légèrement que ces pétales qui s'envolent dans le vent.. . ?




Magazine La Vie, Les Essentiels

samedi 12 avril 2014

Passer la porte....






Cent fois, je l'aurais dit : ce qui me reste est presque rien, mais c'est comme une très petite porte par laquelle il faut passer, au-delà de laquelle rien ne prouve que l'espace ne soit pas aussi grand qu'on l'a rêvé.
 
Il s'agit seulement de passer par la porte, et qu 'elle ne se referme pas définitivement.
 
Jacottet


La fin d'un blog

     Impermanence et changement...    pas facile parfois... la fin de ce blog depuis avril 2012, pour moi, un espace de liberté, un espace d...